Cabaret voltaire: is still not dead….

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Les psaumes sont écrits sur les magnétophones
Les chorus ont un nègre à chaque mélopée
Les bouches font des langues sept fois retournées
Miserere Seigneur du fond des microphones

La nature d’acier pousse des fleurs chromées
Le juste en Cadillac s’encense du cigare
Le courrier meurt de peur dans les aérogares
Miserere Seigneur du fond des destinées

Le boulanger joue la tournée au pain azyme
Les moutons des prisons se laissent tricoter
Et le coq de Saint Pierre a tranché son gosier
Miserere Seigneur du fond des anonymes

Les condamnés jouent au poker leur appétit
Et laissent aux suivants leur part de Jamaïque
Le coup de grâce dans le vent est liturgique
Miserere Seigneur du fond des piloris

L’estomac du commun se met en diagonal
Le traiteur donne aux chiens sa pitié tarifée
Les boueux ont glissé sur des peaux d’orchidées
Miserere Seigneur du fond des capitales

Les banques de l’amour sont pleines à craquer
Les “je t’aime” publics assomment les affiches
Les adolescents ont des lèvres postiches
Miserere Seigneur du fond des oreillers

Les vitrines regardent passer les voyelles
Les ortolans dans le commun prennent le frais
Et le saumon fumé boude le tapioca
Miserere Seigneur du fond de nos gamelles

Les femmes en gésine inondent le pavé
Les mineurs font un blanc à chaque lavabo
Les souffleurs de Baccara font des bancos
Miserere Seigneur du fond des encavés

Les brebis de Panurge attendent au vestiaire
Les visas escomptés percutent sur l’azur
La queue chez l’épicier jouit contre le mur
Miserere Seigneur du fond des muselières

La ville a dégrafé son corsage de mort
Les balles dans la rue ont la poudre nomade
Les pavés font la main aux yeux des barricades
Miserere Seigneur du fond des thermidors

Les temples sont cernés et sentent le roussi
Les magasines font la pige aux évangiles
Et les chemins de croix se font en crocodile
Miserere Seigneur du fond des crucifix

Le journal titre en deuil la putain des frontières
La fleur fane au fusil et meure sous un drapeau
Et les téléscripteurs nous mènent en bateau
Miserere Seigneur du fond de nos galères

La maladie veille au chevet des ganglions
Le coeur est métronome et la vie est musique
A l’hôpital les symphonies sont catholiques
Miserere Seigneur du fond des pulsations

La fonderie sur le tour égrène son rosaire
Le tueur de la rue a gagé son beefsteak
Et celui de Kobe n’aura pas un kopeck
Miserere Seigneur du fond des mercenaires

Le verbe s’est fait chaire dans le ventre rusé
La putain Marguerite a la peau qui dépasse
Le caillot dans les plis sinueux se prélasse
Miserere Seigneur du fond des pubertés

Les bourgeois de la rue ont piqué la vérole
Et réclament partout de faux médicaments
Qu’on leur sert en faisant claquer toutes leurs dents
Miserere Seigneur du fond des carmagnoles

Les sextants sont en grève au coeur des matelots
Les oiseaux carburés fientent les équipages
Le soleil fait la course avec le paysage
Miserere Seigneur du fond des paquebots

La trouille a revêtu la terre de sa housse
Le plat de contrition se vend au marché noir
Le curé fait du supplément sous l’ostensoir
Miserere Seigneur du fond de la ressource

Les condamnés jouent au poker leur appétit
Ils vous laissent Seigneur leur part de solitude
Le service est compris nous avons l’habitude
Descendez donc seigneur de notre connerie